Anatomie financière de l'oisiveté

Publié le 3 Août 2012

Anatomie financière de l'oisiveté

Cher Monsieur Jorion, comment ne pas souscrire à votre opinion très claire qu’il ne peut y avoir de psychologie des marchés ? Il est bon effectivement de ramener le lyrisme journalistique à la réalité triviale du contrat qui lie un emprunteur et un prêteur.

Mais alors il faut s’en tenir à ce prosaïsme revendiqué pour ne plus parler de mauvaise interprétation par les marchés ! Les marchés n’interprètent pas sinon ils penseraient : c’est comme les petits bateaux sur l’eau. En fait Monsieur Draghi a tenu des propos et on en déduit aux réactions de la majorité des acteurs sur les marchés qu’il n’aurait pas été entendu … mais a-t-il été écouté du moins ? Ou plutôt son discours a-t-il une telle importance dans les décisions des acteurs ? On peut passer pudiquement sur la dissertation hasardeuse de Monsieur Mucherie sur l’efficience des marchés … Eh oui, les modèles font l’hypothèse de la transparence, de l’honnêteté et de l’immédiateté de la transmission de toute l’information entre tous les acteurs du marché ! Ceci explique peut-être pourquoi comme pour la notion de concurrence parfaite dans le jeu du commerce, celle de l’efficience fait vivre le petit peuple des financiers dans une dangereuse utopie …

Or donc il faut s’en tenir à ce prosaïsme revendiqué pour ne plus parler de l’irrationalité des marchés pris dans le feu croisé de leurs exigences oxymoriques : la rigueur ou la croissance, le sabre ou le goupillon, le rose fuchsia ou le vert pomme, le fromage ou le dessert … Vous l’avez dit vous-même : les acteurs du marché n’ont qu’une seule chose devant les yeux, le remboursement de leurs créances et le paiement des intérêts. L’austérité de l’Espagne, la croissance de la zone Euro et les déclarations de Mario Draghi sont la toile de fond de leur attente anxieuse d’être remboursé et de leur réflexion anxieuse de savoir où les fonds récupérés seront réinvestis.

Les investisseurs sont ces bipèdes étranges qui bougent et agissent peu, vivent dans l’angoisse et à l’affût, dans l’attente et le fantasme de mauvaises (ou bonnes) nouvelles : ils ont une grosse tête et un tout petit cœur et quand la grosse tête se vide dans le petit cœur … vous voyez bien , il ne s’agit pas de psychologie des foules mais d’anatomie comparative !

Mais tout le monde sait bien que l’oisiveté est mère de tous les vices …

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