Morale laïque et laïcité intérieure ...

Publié le 3 Septembre 2012

Morale laïque et laïcité intérieure ...

Madame Hansen-love

Je découvre sur votre blog l’intervention du ministre de l’Education Nationale qui me laisse dans une grande perplexité.

Non pas quant au fond et à l’objectif poursuivi qui sont très clairs, simples voire simplissimes : restaurer une école des hussards de la IIIème République avec la reconstruction des Ecoles Normales sous le vocable novlangue d’écoles supérieures de l’éducation et du professorat, cette école mythique de Jules Ferry : une école bourrue et idéaliste, libre de sa pensée mais dans l’ordre, l’obéissance et l’orthodoxie républicaine. On comprend bien aussi que le Ministre fait de son enseignement phare de la morale laïque à la fois le fil rouge et l’épine dorsale courant du primaire au baccalauréat de son école républicaine refondée.

Mais la démonstration méli-mélo mou de cet agrégé de philosophie qui a pourtant mené au CNRS une recherche approfondie sur cette question de la laïcité laisse pantois.

Il existerait donc une « laïcité intérieure » qui serait « un rapport à soi qui est un art de l’interrogation et de la liberté » et qui permettrait « de faire un effort pour raisonner, considérer que tout ne se vaut pas, qu’un raisonnement ce n’est pas une opinion et que le jugement cela s’apprend » ? Cette notion de laïcité intérieure vaut déjà son pesant de volumes.

En lisant les propos du Ministre, on s’étonne déjà de sa préférence pour la notion de morale plutôt que d’éthique, même si la confusion est souvent faite entre les deux termes, les liant par on ne sait trop quel pacte d’ailleurs. Pour autant son choix est clair et correspond effectivement à celui de la morale puisqu’il dit sans hésiter :

« la morale laïque c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs ».

Voilà qui est clair même si la fin de son propos ouvre déjà sur un versant éthique, pratique et réglementaire, qui vise à la formation du citoyen, à son édification, à la vie en société et au fondement du droit :

« La capacité de raisonner, de critiquer, de douter, tout cela doit s’apprendre à l’école. »

Et voilà que la morale laïque virant à l’éthique sociale, elle s’envole déjà vers l’Utopie de celle dont traitait Thomas More puisque Monsieur Peillon nous dit :

« un certain nombre de valeurs sont plus importantes que d’autres : la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme… Une société et une école qui n’enseignent pas ces valeurs s’effondrent. Il faut assumer que l’école exerce un pouvoir spirituel dans la société. »

Et plus loin :

« Si ces questions ne sont pas posées, réfléchies, enseignées à l’école, elles le sont ailleurs par les marchands et par les intégristes de toutes sortes. »

Il est vrai que More lui aussi était confronté à une crise sociale née du capitalisme (lainier et pas financier) et qu’il rêvait déjà d’une société sans argent où la richesse serait équitablement distribuée. Et dans l’île Eutopia, sans clergé, ses citoyens (eux très religieux et pas encore imprégnés de laïcité intérieure) s’en remettaient pourtant à une morale naturelle rigoureuse et austère, un peu comme cette étrange morale laïque intérieure, fraîchement pondue du jour …

On sait la fin de More qui était ministre lui aussi et on peut se rassurer en se disant qu’elle ne sera sans aucun doute pas celle de notre Ministre de la laïcité intérieure … mais on peut toutefois sérieusement se demander si ce destin n’est pas métaphorique de celui de notre école contemporaine dont cette ultime sursaut de restauration morale ressemble fort à un argument d’autorité, à la réflexion bâclée.

Qui croit aujourd’hui en ses valeurs émancipatrices et à ses vertus réalisatrices : les mineurs délinquants (déscolarisés volontaires), les jeunes diplômés sans emploi, les chômeurs déclassés, les précaires de toutes sortes, les illettrés issus du système, les cyniques qui ne voient que par l’argent et la célébrité ? Qui croit même encore dans l’urbaine nécessité de la politesse, invoquée par notre ministre-hussard ?

Certes l’utopie en son île est belle … et le temps de l’école semble compté, voire passé pour beaucoup, beaucoup trop …

Bien à vous

Rédigé par Apicelleria Filomato (dit Api)

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