Penser ( Billet # 1 )

Publié le 23 Juillet 2012

Qu’est-ce que penser ?

C’est l’art d’agencer des idées. On peut discuter longtemps de cet art avant de se demander ce que sont ces idées. Alors on dira que ce sont des pensées et on reviendra au point de départ.

Ou alors c’est dire le monde en mots : ce qui est partiel car certaines pensées sont abstraites.

Même incomplétude si on remplace monde par réalité. Certaines pensées sont irréelles, féériques, magiques et sans rapport avec la réalité.

Serait-ce alors se parler à soi-même, comme une longue méditation. Cela signifierait qu’il n’y a aucune pensée dans une conversation à bâtons rompus ? Absurde …

Penser, ça pourrait être une des manifestations de l’intelligence humaine, intelligence qu’il reste à définir peut-être justement comme la capacité de formuler des idées c'est-à-dire de penser et là encore, on reviendra encore au point de départ.

Ces vains exercices de définition sont frustrants.
Des exemples illustreront peut-être plus facilement les formes et frontières de la pensée.

Réciter une leçon de philosophie apprise par cœur, ce n’est pas penser, même si cela revient à dire des idées qui ont été pensées. Mais réfléchir sur cette même leçon, soupeser les arguments, critiquer les idées, cela relève de l’activité de penser. Donc restituer n’est pas penser alors que comprendre c’est penser. Pourtant comprendre que le feu rouge passe au vert, ce n’est pas penser même si c’est comprendre. Donc pour penser il est nécessaire de comprendre même si ce n’est pas suffisant. Pour penser, il suffit même d’essayer de comprendre ( cette façon particulière de penser s’appelle chercher …).

Songer, laisser son esprit vagabonder sans formes ni contraintes c’est déjà penser alors que fantasmer et se laisser submerger par l’inconscient ce n’est pas penser. La conscience du penseur s’estomperait progressivement avec ses pensées, laissant une zone grise où on pense sans contours dans le flou tout en restant maître et conscient de sa pensée.
Quand on accepte des idées déjà pensées et qu’on les fait siennes pour alimenter sa propre pensée, cesse-t-on pour autant de penser puisque ce ne serait qu’une forme de récitation ? Ou le fait de penser plus loin ou ailleurs avec ces briques d’idées validerait au contraire l’indépendance de notre pensée ? Donc pour penser doit-on être obligatoirement indépendant ou peut-on dépendre d’un système pré établi de pensée qui limite notre pensée et la contraint ? Si oui, à quel niveau de contrainte notre dépendance est-elle trop grande pour nous permettre de penser. La liberté de pensée est-elle un pré-requis pour penser ou est-elle le résultat d’une pensée indépendante ?


Certaines pensées ont été dénoncées comme étant des erreurs, réfutées et parfois abandonnées. Elles restent néanmoins des idées fausses et ne perdent pas leur nature. Elles ont été pensées mais mal pensées ce qui signifierait que penser ce n’est ni chercher, ni a fortiori obtenir la vérité. D’ailleurs la pensée délibérément biaisée devient mensonge, le mensonge qui est une forme d’art de la pensée, parfois supérieur. Or penser faux, ce n’est pas penser le faux ou le faux-semblant bien que dans les deux cas il n’y ait pas un gramme de vérité. Une erreur peut-être une bonne idée mal pensée alors qu’une faute peut-être une mauvaise idée génialement pensée. Erreurs et fautes restent des idées, on admet qu’elles ont été pensées alors qu’elles ne permettent pas de comprendre. En ce qui concerne la faute, on peut dire qu’on a même jamais essayé de comprendre !

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