Ruelles des boutiques obscures

Publié le 2 Septembre 2012

Ruelles des boutiques obscures

Monsieur Guillaud,

Je ne peux que me retrouver dans cette physiologie du cyber-flâneur que fait Evgeny Morozov et vous confirme donc trait pour trait le portrait qu’il en dresse.

Et jusque dans l’incognito jouisseur et jouissif que ce gourmand de Balzac avait perçu comme une forme sublimée de la « gastronomie de l’œil » … et je pourrais rajouter de l’esprit.

En revanche, je ne lui emboîte pas le pas dans sa dénonciation de la volonté hégémonique de Facebook qui n’est pour moi tout au plus qu’une bulle à la mode qui se dégonflera un de ces jours dans une tempête médiatique et boursière … quand notre belle jeunesse qui en fait la sève sera devenue has been aux yeux de la génération suivante …

Mais j’ai noté au gré de mes (courtes et récentes) pérégrinations, un phénomène que je ne soupçonnais guère et qui tient au caractère de notre espèce et de son besoin de se regrouper en clans, en factions, en coteries autour de bannières diverses et variées qui d’un bistrot amical entre copains, qui d’un club entre mondains, qui d’âmes égarées autour de charlatans de tous poils professant des savoirs universels ou des expertises pointues (toujours pointues de l’anthropologie à l’économie en passant par la finance …) ou de péripatéticiennes exhibées.

Bref autour de l’agora, du forum et de la place, sous les arcades où nous déambulons se sont ouvertes des officines, des boui-boui, des boutiques, des antres, des salons, des entrepôts qui rassemblent leur clientèle et tentent de les fidéliser de manière plus ou moins honnête et gratuite (certains sites faisant même appel au « don » de leurs visiteurs habitués).

Les adresses sont connues et beaucoup ont pris de fâcheuses habitudes qui peuvent devenir des addictions sévères. Les flâneurs les regardent avec cette commisération hédoniste qui les caractérise, heureux d’échapper à leur foule suante et braillarde pour aller plus loin, un peu plus loin pour oublier dans autant de ruelles et venelles, cette grande « Rue des boutiques obscures » ( eh oui, Modiano et Gallimard en firent un Prix Goncourt sur un tout autre sujet … comme quoi)

Ce n’est somme toute que l’évolution normale de la vie en société qui par agglutinements successifs s’acharne à modeler notre pâte d’hommes … dont n’essaient de s’abstraire que quelques beaux esprits, épris de dandysme et de gourmandise de l’œil et de l’esprit.

Bien à vous

Rédigé par Apicelleria Filomato (dit Api)

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