Tartuffer (verbe intr. 1er groupe)

Publié le 30 Août 2012

Tartuffer (verbe intr. 1er groupe)

Monsieur Davies,

Sans aucune précaution oratoire, je dénonce dans votre texte la pire et la plus dangereuse tartufferie intellectuelle qui effectivement pointe actuellement.

Première (fausse) affirmation : les modèles de la théorie économique et financière auraient failli ce qui expliquerait en elles-mêmes les crises financières et bancaires que nous connaissons à répétition depuis bientôt cinq ans.
Et en particulier les modèles d’évaluation des actifs financiers dont le postulat est celui de l’efficience des marchés … que les praticiens et certains enseignants visiblement se sont empressés d’ignorer. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre … et quand en plus il est de mauvaise foi … que n’a-t-on vu ces « vulgarisateurs en séminaires » (comme des pommes de terre en robe des champs) ânonner leurs formules avant de partir en gerbes d’étincelles sur des extrapolations que leurs ouailles n’étaient pas en mesure de comprendre ?
Ils ont improvisé : en pensant faire du free-jazz, ils n’ont fait que de l’air-guitar, remué beaucoup d’air et bonimenté en jargonnant comme les médecins de Molière. Ce qui est plus grave c’est qu’ils ont donné leur imprimatur d’expert (parfois sous l’égide de leurs titres universitaires) aux pires élucubrations des « créateurs de valeur » … tout le monde connaît le résultat et personne ne peut plus le nier. Alors avec le même culot, les mêmes artistes braient aujourd’hui que la faute en incombe aux modèles ? Ah bon ? Aux modèles ou à ceux qui n’ont pas su les lire, les interpréter et ont dit et laissé faire n’importe quoi ?

Corollaire (faux) à cette première (fausse) affirmation : la science économique est au mieux une fumisterie et doit être abandonnée au profit de n’importe quelle autre science qui fera tout aussi bien l’affaire. D’ailleurs ces sciences ont aussi des modèles (chic, chic …à que les mêmes bateleurs pourront appliquer à la diable une nouvelle fois … mais ils s’en fichent ! Ils vont pouvoir changer de registre et tarifer à nouveau au prix fort leurs brillants exposés.

Deuxième(fausse) affirmation : puisque les modèles ont failli, la responsabilité de la crise est à rechercher auprès de ces auteurs arrogants desdits modèles qui ont eu l’impudence de se tromper et de refuser de porter le chapeau : bien sûr puisqu’ils sont dans le déni !
Nos experts et consultants en économie nous avaient pourtant prévu : ils vont se lancer sur les grand’routes des autres sciences : ah, ici le déni ! Un joli concept de la psychanalyse qu’ils vont pouvoir torturer à loisir. Il faudrait arrêter d’enseigner aux étudiants les thèses défaillantes mais au contraire créer des chaires apocalyptiques de dénonciation des modèles erronés (il s’en crée bon nombre actuellement effectivement). Et pourquoi pas un service de l’Inquisition financière ? Pourquoi pas des autocritiques en public ? Pourquoi pas des anathèmes ou mieux des autodafé sur les campus ? De toute façon, on vous le dit, ces étudiants sont nuls et n’ont pas le niveau.

Non, vraiment, il ne leur faut pas manquer d’air pour que les grands prêtres d’une croyance hier dévoyée s’érigent aujourd’hui en chantres d’une pensée magique, avançant par analogie et approximations, et préparant son climax dans des tribunaux populaires ?
Appel aux armes ? Contre qui ? Pourquoi ?
Non, décidément c’est trop facile. Que les économistes continuent à faire de l’économie, de la théorie et qu’ils laissent la pratique aux praticiens : on ne peut être aussi outrageusement juge et partie et surtout son propre juge après avoir perdu la partie !

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